Septembre 2014 est passé à l'histoire

Une vision audacieuse

 Déclaration de Charlottetown 2014 : Une vision audacieuse pour l’avenir du Canada[1]

Préambule – En tant que femmes, nous partageons une grande vision pour l’avenir du Canada. Elle est ambitieuse et inclusive. Nous croyons que le Canada peut et doit devenir un modèle de démocratie, de protection des droits de la personne et d’égalité pour les femmes, non seulement pour l’ensemble de la population canadienne, mais aussi pour le  reste du monde. En tant que femmes, nous faisons partie de chacune des communautés et des groupes de ce pays.

Nous comprenons et reconnaissons l’oppression, l’inégalité, la violence et la marginalisation dont sont victimes les femmes de tous les horizons. Nous croyons en un avenir où les conditions et les circonstances de vie des femmes et de tous seront véritablement égales. La voix des femmes apporte une valeur essentielle à des domaines où elles ne sont actuellement pas entendues.

1.        L’avenir du Canada doit s’ancrer dans la collaboration et se fonder sur les premiers rapports nation à nation établis avec les Nations autochtones. En effet, l’esprit et l’objectif des traités historiques et des relations avec les Nations autochtones étaient basés sur le respect mutuel, la prospérité et la protection. Une réconciliation est primordiale.

2.        Le Canada est un pays qui s’est construit par vagues successives de colonisation et d’immigration. Par conséquent, le Canada doit entamer un dialogue national afin d’arriver à un nouvel accord constitutionnel avec le Québec, les autres provinces et territoires ainsi que les Nations autochtones. Nous reconnaissons que l’avenir implique le respect et la protection du français, des langues autochtones et des cultures qui en découlent afin que celles-ci puissent prospérer. Ceci est une condition préalable au respect des autres langues. Il est indispensable de reconnaitre les éléments fondateurs de notre histoire commune.

3.        La Confédération s’est construite d’Est en Ouest, sans le Nord. Dans une perspective d’avenir, nous devons reconnaitre le Nord et ses habitants comme des décideurs. Il faut également maintenir les traités modernes et les autres ententes conclues entre les Nations autochtones et les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Pour compléter la carte du Canada, les habitants du Nord doivent avoir accès aux infrastructures et institutions à leur guise.

4.         Le Canada est un pays vaste et complexe. Nous devons nous connaître les uns les autres afin d’assurer la cohésion sociale qui déterminera notre avenir. À travers le Canada, nous devons soutenir le partage de notre histoire et de notre culture par la recherche et les arts. Nous estimons qu’en favorisant la création et l’expression de nos histoires et de nos identités, l’avenir s’inscrira fermement dans le domaine du possible.

5.         L’égalité étant une valeur fondamentale au Canada, nous estimons que, pour en assurer sa pleine expression, celle-ci doit se refléter dans les lois et les institutions et être réellement mise en œuvre. Construire l’avenir du Canada nécessite que tous ses habitants puissent développer un sentiment d’appartenance au pays et jouir d’une pleine citoyenneté.

6.         Nous reconnaissons que les femmes de couleur, y compris les femmes issues des communautés immigrantes, sont confrontées à des obstacles particuliers en matière d’égalité, de dignité et de droits de la personne. Nous reconnaissons par ailleurs que les femmes racialisées agissent en solidarité avec les hommes de leurs communautés afin de contrer la violence et le racisme systémique. On ne peut pas parler d’égalité, ni pour les femmes ni pour quiconque, si nous ne reconnaissons pas les problèmes spécifiques reliés aux questions raciales. Les programmes, les dispositifs, les organisations et les solutions proposés doivent tenir compte des enjeux raciaux.

7.         Toutes les personnes au Canada ont droit à leur autonomie personnelle, y compris le droit pour les femmes de prendre les décisions concernant leur propre corps.

8.         Le Canada doit mettre en place des modèles de justice réparatrice qui soutiennent les femmes marginalisées, tant comme victimes d’actes criminels que personnes criminalisées, et reconnaître les effets dévastateurs de l’incarcération sur les communautés. La surreprésentation des communautés marginalisées dans le système judiciaire nécessite l’implantation de modèles axés sur la collectivité et une justice réparatrice interculturelle.

9.         Les recherches en économie ont permis d’établir que les inégalités sont préjudiciables à une économie saine; il est donc impératif que nous prenions des mesures visant à assurer la répartition équitable de la richesse. Cette démarche est au cœur de l’avenir du Canada et de notre capacité de mettre en œuvre une pleine égalité. Nous devons soutenir les mouvements ouvriers et sociaux, ainsi que les organisations de la société civile qui agissent pour la promotion de l’égalité, car nous ne pouvons pas nous contenter d’être tributaires des marchés pour garantir aux femmes la pleine égalité. Compte tenu des inégalités économiques qui continuent de frapper les femmes et du nombre croissant de personnes marginalisées sur le plan économique, il est de notre devoir de réinvestir dans les programmes sociaux canadiens pour encourager et soutenir l’égalité.

10.        L’accès à l’éducation est un droit qui permet à toutes et à tous, tout au long de leur vie, de développer leur potentiel dans les domaines de leur choix. Nous souhaitons une société qui soutienne l’apprentissage continu et investisse dans la recherche et le développement novateurs afin d’élargir les connaissances scientifiques au bénéfice de la population canadienne.

11.      Nous croyons que les aidants naturels, dont le travail rémunéré ou non rémunéré est surtout effectué par des femmes, sont essentiels à l’économie d’aujourd’hui et continueront de l’être dans l’avenir. Mettre en place un système d’appui aux aidants naturels est crucial afin de garantir un accès et des perspectives d’avenir à toutes les couches socioéconomiques.

12.      Nous devons redoubler d’efforts pour appuyer tous les secteurs et régions afin que les systèmes de santé soient véritablement tenus de rendre des comptes. Ce n’est qu’à ce moment que nous pourrons réaliser notre vision d’un Canada où toute la population jouit des meilleurs soins de santé possibles sur les plans physique, mental, émotionnel et spirituel.

13.      Au cours des 150 dernières années, la population canadienne est passée d’un environnement rural à urbain. Puisque le phénomène de l’urbanisation risque de se poursuivre au fil des ans, il convient de réévaluer le rôle des municipalités, leurs revenus et leur capacité à fournir des services – éléments essentiels à la qualité de vie – sans pour autant négliger le Canada rural.

14.      Les Pères de la Confédération ont choisi la bonne gouvernance comme valeur fondatrice de ce pays. À l’avenir, nous souhaitons que les femmes et les Nations autochtones soient des partenaires à part entière du processus de gouvernance du Canada. Un engagement envers la parité homme-femme dans tous les organismes de gouvernance du secteur public et privé est donc essentiel. Les femmes et les organisations de la société civile doivent disposer de mécanismes permettant d’encourager et de soutenir la pleine participation des femmes dans l’élaboration des politiques et obligeant les gouvernements à rendre des comptes.

15.      La générosité de la nature a façonné ce pays. Un environnement sain constitue l’un des héritages essentiels à léguer aux générations futures. Pour ce faire, le Canada doit s’engager immédiatement dans une transition rapide vers les énergies renouvelables et mettre en œuvre des solutions aux problèmes des changements climatiques.

16.      Collectivement, nous n’avons aucun avenir si nous ne protégeons pas notre population, particulièrement les enfants et les jeunes, ainsi que notre terre, l’eau et les Nations. Nous avons l’obligation de tenir compte des générations futures dans toute prise de décisions.

Rédigée et approuvée à Charlottetown, le 26 septembre 2014

Signatures


[1] Dans le cadre du 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown où 23 hommes se sont rencontrés pour établir les bases de ce qui deviendrait le Canada, 23 femmes choisies en fonction de leur trajectoire et de leur leadership se sont réunies pour développer une vision consensuelle des 150 prochaines années au Canada.